Immobilier : après le Brexit, c’est le moment d’acheter – Challenges.fr

Les emprunteurs, qui obtenaient déjà des conditions de crédits immobiliers jamais vues, devraient encore voir baisser les taux pratiqués par les banques.

Après le vote en faveur du Brexit, il y a ceux qui tremblent… et ceux qui se frottent les mains. Entre autres effets collatéraux, l’Etat français s’endette moins cher cette semaine qu’il y a dix jours. Le 23 juin, il empruntait au taux de 0,368 % sur dix ans. Aujourd’hui, il emprunte sur cette durée à 0,098 %. Sans parler des autres durées d’emprunt, plus courtes, sur lesquelles il s’endette à taux négatif! En clair, si le prêt est consenti à l’Etat sur moins de dix ans, c’est le prêteur qui rémunère l’emprunteur.

L’explication? L’annonce du vote assez massif en faveur du Brexit a engendré une panique sur les marchés. De nombreux investisseurs ont vendu leurs actions et leurs obligations privées pour se reporter encore plus massivement sur les emprunts d’Etat français et allemand. Un mouvement bien connu, que l’on appelle « flight to quality ». Pris d’angoisse, les investisseurs logent leurs avoirs dans des actifs réputés plus sûrs. Et comme ils sont, d’un coup, plus nombreux à vouloir prêter aux Etats jugés solvables, leur taux de rémunération diminue. Les emprunteurs, eux, profitent à plein de ce mouvement. Bref, pour l’Etat français, lourdement endetté, ce Brexit signe une période de soldes façon douzième démarque.

Mais l’Etat n’est pas le seul à profiter de l’occasion: les emprunteurs, qui obtenaient déjà des conditions de crédits immobiliers jamais vues, devraient encore voir baisser les taux pratiqués par les banques. « Depuis la semaine dernière, confirme Maël Bernier, porte-parole du courtier en crédits immobiliers meilleurtaux.com, les trois grandes banques nationales qui ont revu leur barème ont encore consenti 0,10 point de baisse ». Le taux jugé moyen la semaine dernière était de 1,70% sur vingt ans, et il est descendu à 1.60%. « La baisse est généralisée: tous les profils éligibles à l’endettement, aisés ou modestes, en profitent », ajoute Maël Bernier.

« Aucune raison d’arrêter »

Mieux: l’année dernière, à la même époque, les banques avaient relevé leurs taux pour dissuader les emprunteurs, car elles faisaient face à un nombre inédit de dossiers à traiter. « Cette année, elles ont du personnel pour faire face », annonce Maël Bernier, « et n’ont aucune raison d’arrêter ». Bref, les candidats à l’achat peuvent se lancer sans hésiter. Avec 1.200 euros de mensualités, on emprunte aujourd’hui 232.000 euros, contre 200.000 il y a quatre ans.

Ceux qui n’ont pas encore renégocié leur crédit peuvent aussi se pencher sérieusement sur la question au cours de l’été… les banques commencent même à voir des emprunteurs qui renégocient pour la deuxième fois. Un particulier qui aurait contracté un emprunt de 200.000 euros en 2012, au taux de 3.30% sur vingt ans, a encore seize ans de remboursements devant lui aujourd’hui. En conservant la même durée, il peut obtenir un taux de 1,4%. Ses mensualités passent de 1.199 euros à 1.059 euros, soit une économie mensuelle de 140 euros et de 26.880 euros sur toute la durée du prêt.

Cette baisse des taux de crédits immobiliers est assez logique: ce sont les taux des emprunts d’Etat qui dictent, peu ou prou, les conditions dans lesquelles les banques se refinancent. Si le taux des emprunts d’Etat baisse, elles empruntent moins cher auprès des banques centrales, et peuvent donc baisser les taux de crédits octroyés à leurs clients sans entamer leurs marges. Mieux: avant 2012, elles prêtaient sur des durées longues mais empruntaient, elles, sur des durées très courtes (à des taux bien plus faibles).

La fin des soldes

« Mais les opérations de refinancement lancées par les banques centrales leur ont permis de se refinancer à moyen et long terme à des conditions très favorables », note Sandy Campart, directeur de l’IUP Banque Finance Assurance à l’IAE de Caen et co-auteur du guide Risques de taux d’intérêt et de change, avec Pedro Jimenez. Alors que les durées moyennes de refinancement s’échelonnaient entre 3 et 6 mois avant 2012, elles sont aujourd’hui supérieures à un an.

Pourtant, la situation des banques n’est pas aussi dégagée que celle des particuliers emprunteurs, selon Sandy Campart. « Les particuliers renégocient à des taux d’intérêts beaucoup plus bas. Pour le moment, les banques trouvent à se refinancer à des taux très bas également. Mais si les taux d’intérêts venaient à remonter brutalement, les banques se refinanceraient plus cher, tandis que les emprunteurs, eux, conserveraient les mêmes conditions qu’avant ».

Enfin, il n’est pas évident que cette situation de taux très bas perdure. « S’il y a des doutes sur la croissance, sur le marché de l’emploi, les banques peuvent considérer que cela remet en cause la capacité des emprunteurs à rembourser. Pour intégrer une prime de risque plus importante, elles peuvent relever les taux d’intérêts des crédits », poursuit Sandy Campart. Même prolongés, les soldes auront forcément une fin.

(Avec AFP)

Source : Immobilier: après le Brexit, c’est le moment d’acheter – Challenges.fr