Immobilier : Hollande acte son virage vers l’accession à la propriété

François Hollande vient d’annoncer des mesures pour faciliter l’accès à la propriété. Un virage à 180 degrés par rapport aux mesures annoncées en début de mandat.

François Hollande misera donc en partie sur l’immobilier pour relancer l’activité d’ici la fin de son mandat. « Nous allons faire une réforme permettant de faciliter l’accès à la propriété en faisant en sorte d’élargir le prêt à taux zéro », a déclaré le président lors d’un discours à Nancy ce jeudi, expliquant que le gouvernement ferait des propositions « dans les jours à venir ». Le prêt à taux zéro (PTZ) sera ainsi applicable à la « quasi-totalité du territoire » pour les logements neufs, ainsi que pour les « logements anciens, à condition qu’il y ait des travaux », a expliqué François Hollande.

 Baisse des mensualités

Jusqu’ici ce dispositif, qui fonctionne sous conditions de ressources pour les primo-accédants, est destiné pour l’essentiel à l’acquisition d’un logement neuf. Mais depuis le début de l’année 2015, il est également possible d’en bénéficier pour l’acquisition d’un logement ancien aux communes rurales, à condition que des travaux soient réalisés à hauteur d’au moins 25% du coût total de l’opération.

Par ailleurs, François Hollande annoncé que la part maximale du coût de l’opération immobilière que l’emprunteur a le droit de financer avec un prêt à taux zéro va être relevée de 26 % à 40 %. Cette mesure pourrait notamment permettre de relancer l’accession à la propriété en Île-de-France, où les prix de l’immobilier sont les plus élevés, et donc où les jeunes primo-accédants se retrouvent dans l’impossibilité d’acheter. Enfin, le gouvernement va proposer d’allonger la période de remboursement des PTZ afin de faire baisser les mensualités. Le but de cette mesure serait aussi de repousser le différé d’amortissement permis pour un PTZ, et donc de mieux l’étaler dans le temps.

Le PTZ cumule plusieurs avantages

Si le gouvernement mise autant sur le PTZ, c’est qu’il cumule plusieurs avantages : d’une part, son coût budgétaire à court terme est limité. En effet, pour compenser l’effort de la banque qui accorde le prêt à taux zéro, l’Etat lui octroie un crédit d’impôt qui n’apparaitra donc dans les comptes publics que l’année suivante. Ce « super PTZ » annoncé par François Hollande ne coûtera ainsi quasiment rien à l’État en 2016.

Et d’autre part, en cette période de taux d’intérêt très bas, c’est moins le taux à 0 % qui attire l’emprunteur que la possibilité de différer le remboursement du prêt de plusieurs années. Au début de l’emprunt, le primo-accédant perçoit le PTZ comme constitutif d’un apport personnel, ce qui peut débloquer des opérations d’achat.

Une France de propriétaires ?

Du reste, ces annonces de François Hollande sont révélatrices du virage opéré par le chef de l’Etat sur sa politique du Logement. Après une première partie de mandat marquée par la loi Alur de Cécile Duflot, qui visait à redonner du pouvoir aux locataires, l’exécutif se concentre désormais sur l’aide à l’accession à la propriété.

Certes, François Hollande n’a jamais milité pour « une France de locataires » – fidèle à sa ligne politique, il avait préféré promettre durant sa campagne une « France de bien-logés » – par opposition à « la France de propriétaires » que voulait Nicolas Sarkozy, mais force est de constater qu’en cette période de conjoncture économique morose, il s’adapte et se rapproche du message de son concurrent à la présidence de 2012.

Créer une dynamique de hausse des prix

Désormais, François Hollande souhaite en fait créer une dynamique qui enrayera la baisse lente des prix de l’immobilier qui s’est engagée depuis 2012, et qui coïncide avec la baisse d’activité dans le secteur du bâtiment pour le neuf et les travaux de rénovation. Or, le secteur du bâtiment, à l’activité très cyclique, peut à lui seul, du haut de ses 1,5 million d’emplois, redonner de l’air à un gouvernement en quête de chiffres positifs sur l’emploi et la croissance. Par exemple, selon les estimations de l’économiste du Cepii Thomas Grejbine, dans les pays de l’OCDE, « une augmentation des prix immobiliers de 1%  conduit à une hausse du PIB de 0.6%, ainsi qu’à une hausse de 1% de l’activité de la construction ».

Après avoir essayé moult réformes pour relancer la croissance, sans que cela ne se fasse ressentir à court terme, François Hollande mise donc sur l’immobilier. Lui qui a assuré qu’il ne se représenterait pas à la prochaine élection présidentielle s’il n’inversait pas la courbe du chômage.

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